• soulierludivine

Vivre une crise identitaire (ou plusieurs)



La crise identitaire, qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Je vais vous le décrire en mes termes propres, qui sont vraiment une vulgarisation de sûrement tout un tas de mécanismes psychiques que je n'ai plus en mémoire (les cours de psycho sont loin maintenant).


Crise : cela me parle comme une rupture avec l'existant, quelque chose qui a besoin d'être remis en question. Mais comme les fondations sont hyper solides, que nos constructions ont été faites depuis des années, impossible de tout déconstruire par la douceur, il faut que ça pète ! Souvent, on parle de "crise"comme de quelque chose de péjoratif, comme si la personne qui a besoin que ça éclate dans tous les sens faisait un caprice. Oui, de l'extérieur, on peut penser "mais elle aurait pu en prendre conscience avant", sauf que ce n'est pas le cas, la personne a besoin que ça éclate, et ça éclate, maintenant, et c'est comme cela !


La crise c'est le "là c'est bon ça suffit". Un peu comme si, pour chacune de nos constructions identitaires, on faisait un deuil : d'abord le déni, puis la tristesse, puis la colère... On suit pas à pas les étapes du deuil, d'un bout de soi qui part ! Et puis la crise c'est l'arrivée à l'étape colère, la rupture, le moment où tout doit changer, maintenant !


Identitaire, c'est parce que cela touche à l'identité, au "qui suis-je".

Je ne vais pas détailler ce que peut être le "qui suis-je" pour chacun, car j'en ai largement parlé dans mon livre (à retrouver en cliquant ici), et que je ne saurai pas aussi bien déblayer le sujet qu'au moment où je m'y suis consacrée. 🙂 Mais en gros, le "qui suis-je" est un joyeux regroupement de "capacités" innées, construites, de croyances, de passions, d'injonctions et de conditionnements ! Le jeu est de démêler là-dedans ce qui nous importe, à nous, pour trouver une sorte de "moi profond" caché dans l'ombre !


La crise identitaire c'est donc une rupture qui se fait parce que l'identité profonde est remise en cause, elle bouge, elle change, elle déconstruit des bases fortes (donc je ne vous raconte même pas la tempête à l’intérieur^^) pour faire place nette et pouvoir en reconstruire de nouvelles ensuite ! Le "qui suis-je" est complètement remis en question, avec une forte nécessité de mettre de la lumière et de faire du sens là où cela n'a pas été fait auparavant !


Comme un bateau dans le brouillard

Quand on traverse une crise identitaire on se sent comme un bateau au beau milieu d'une tempête, et dans le brouillard en plus : on navigue à vue. Il y a comme une impossibilité de pouvoir prévoir, anticiper, organiser ! On ne sait plus ni quoi faire ni comment faire, dans tous les domaines de sa vie ! Il y a ce besoin de contrôle qui revient sans cesse, parce qu'on perd pied, on essaie de se rattacher à des choses que l'on connait, que l'on connaissait en tout cas. Le besoin de contrôler, c'est pour pouvoir poser tout de suite de nouveaux repères. On dit que la nature a horreur du vide (dans ses propriétés physico-chimique) et dans le cerveau humain, c'est la même chose : il faut remplir.


Sauf que chaque repère qu'on essaie de construire, en plein dans la tempête, c'est autant de repères qui vont très vite se déconstruire. Impossible de construire quelque chose de stable maintenant, il faut laisser passer la crise. La seule solution : accueillir le vide et l'incertitude et continuer à faire de son mieux. Le mieux est de se laisser vivre dans l'instant présent, au maximum ! Essayer de faire des choses mais sans prévoir pour l'année entière ou même la semaine, juste là ce qui vient, même si cela paraît compliqué parfois avec les injonctions fortes du "il faut faire quelque chose". On peut s'assoir, et rester là de longues minutes avec ses incompréhensions, inconforts et questions, poser les mains sur son cœur et respirer en conscience, et laisser venir des réponses en soi. Le vide se créé en soi et autour de soi, ce n'est pas pour notre mal, mais pour notre bien, il faut lui laisser une place, pour mieux le remplir ensuite, qualitativement parlant. 🙂


C'est très troublant comme phase de vie ! Parce qu'on a l'impression de perdre pieds sans arrêt. Le truc c'est que plus on lutte, rejette, plus on se laisse envahir par la peur, plus cela va revenir fort ! Il faut vivre cette période pleinement sans essayer en vain de construire de nouveaux repères, car ils vont voler en éclats et cela sera encore plus déstabilisant ! La tempête et le brouillard finissent toujours par se dissiper ! Il faut garder espoir, et continuer de croire, surtout, c'est important !


Un abonnement aux crises identitaires ?

Pour ma part, j'en traverse une en ce moment, enfin, je suis plutôt sur la fin (ouf!) enfin je crois, on ne sait jamais vraiment trop. 😉

Mais depuis 2015, quand j'ai commencé à m'intéresser à qui je suis, et à comment je fonctionne, je crois bien en avoir vécu au moins une par an ! J'avoue que cela commence à m'épuiser, à être rude, car à chaque fois, tous les repères que j'ai du mal à construire, volent en éclats... Alors oui, c'est joli quand ça éclate, ça fait des paillettes et de la lumière partout, mais c'est éprouvant.


J'ai longuement réfléchit à cette question. Et je crois que si les crises identitaires reviennent si souvent, c'est que la vie agit comme un boomerang : plus on rejette, plus ça revient ! Nous on voit cela comme un corvée et on essaie tant bien que mal de se débarrasser de ces inconforts, mais la vie, elle, elle joue, elle joue avec ce boomerang qu'on lui renvoie ! Elle voit cela comme un jeu, alors que nous voyons cela comme une souffrance, premier décalage entre la vie et nous ! Et c'est loin d'être le dernier !!


On ne signe pas pour un abonnement aux crises identitaires comme on signe un abonnement à la piscine... Ça ne revient pas pour nous faire "travailler quelque chose" ce n'est pas le karma, ça revient parce qu'on ne veut pas lâcher prise, parce qu'on s'y attache et qu'on empêche le vide (et donc le renouveau) de se faire !!


Les élastiques lâchent, le vide se pointe vitesse grand V avec comme consigne "lâche tout vas y on va faire de la place". Et nous là-dedans, c'est comme si nous étions là à répondre "je ne veux pas" en s’accrochant de toute nos forces au mât du bateau... Bateau qui a complètement été détruit dans la tempête, soit dit en passant. Donc on s’accroche à ce qu'il reste d'un mât de bateau, qui flotte dans l'eau...


Pourquoi ? Par peur ! On lutte parce que tout ce qu'on a construit en soi en terme d'identité, mais aussi matériellement et relationnellement dans sa vie : c'est tout ce que l'on possède. Enfin, c'est ce que l'on CROIT. Et c'est dur, douloureux, horrible de lâcher l'existant. Qu'y a-t-il derrière, et qui nous garantit qu'il y aura quelque chose ? Voilà pourquoi, dans ces moments-là, nous cherchons en général des tuteurs affectifs ou émotionnels, ou des personnes qui nous donneront "the" conseil, ou "the" mode d'emploi de "comment faire pour braver la tempêtes sans tout déconstruire".


Et c'est ok. C'est tellement ok, et normal... Normal d'avoir peur, de lutter normal d'être décontenancé de tout ce remue ménage. Normal aussi de pas vouloir que les choses changent, car l'humain est plus confort dans le non mouvement ! Mais c'est à nous de nous apprendre à agir autrement... A nous de nous rassurer, de discipliner cet état d'esprit qui "cherche une solution à tout, tout le temps", et puis hop, il faut lâcher les élastiques, tous. Oui, on ne sait pas ce qu'il y a derrière, mais il y a quelque chose, et ne dit-on pas qu'après la tempête le beau temps revient toujours ?


Et mon bateau à moi il y en est où ?

Oh, il est bien fracassé, en pas mal de morceaux ^^

Comme je le disais, depuis quelques années je vis régulièrement des tempêtes fortes. A chaque fois j'ai pensé que chacune d'entre-elles me ramenait à de rudes traumas vécus. J'omettais complètement la possibilité d'avoir cicatrisé sur ces sujets, et qu'il pouvait y avoir "autre chose". Je construisais alors régulièrement un "faux-self", tout aussi bancal année après année, mais qui permettait de "tenir", et de continuer à préparer le terrain pour plus tard, pour voir en face "qui je suis".


En 2015 j'ai vécu un réveil, un éveil, j'ai vraiment ouvert les yeux sur moi, c'était violent, choquant, et j'ai passé de long moins en phase dépressive ! Et puis j'ai rebondit (je rebondit souvent, c'est mon côté balle de ping pong résiliente ça héhé). J'ai construit autre chose, et hop, aussitôt dit aussitôt fait, ça pétait. Je ne comprenais pas, pourquoi, mais pourquoi ?! J'avais la sensation de bien "tout faire comme il faut", de faire attention à moi, de m'écouter, de consulter des spécialistes pour m'aider, de faire un travail en profondeur sur moi, il manquait quoi ? Il manquait le principal je pense : lâcher, arrêter de courir après soi et juste ouvrir les yeux, pour de vrai, sur qui je suis, tout bêtement. Tout bêtement, car je crois qu'il a toujours suffit que je me tourne vers moi, pour de vrai (et j'insiste sur ce "pour de vrai"). Mais ça je ne le comprends à peine aujourd'hui.


Qui je suis, c'est cette question qui m'a toujours obsédée, où est ma place. Pas en tant qu'individu qui fait, qui concrétise, car cette place je la trouve en tant que thérapeute, artiste, formatrice, et j'en passe ! Mais ma place en tant qu'être sensible, dans les sphères sociales, qui suis-je ? J'ai toujours senti un décalage, et chacune de mes crises identitaires me ramenait à chaque fois vers la douance (surdouée, zèbre, hpi), vers l'hypersensibilité, et vers l'autisme pour la dernière.


Je suis neuroatypique. C'est un peu comme un coming-out neurologique que je fais là, je marche sur des œufs parce qu'admettre sa différence est effrayant pour une part de l'être ! Parce que la différence fait peur, et qu'elle n'est pas comprise. Pas en théorie, non, car en théorie on voit plein de jolis textes sur l'acceptation de chacun. Mais en pratique. Voilà pourquoi j'ai caché qui je suis toute ma vie pour me protéger : une anxiété sociale forte, des difficultés pour communiquer, pour comprendre, me laisser approcher, des manies et habitudes de vie assez rigides, un inconfort important à la spontanéité, aux imprévus... J'ai caché car je voyais que cela ne me faisait pas cocher toutes les cases, je me sentais petit canard noir dans un monde de cygnes blancs, je me sentais à l'écart, à côté. J'ai toujours mis tout cela sur le compte de mes traumas, de mon histoire de vie, mais. Il y a un mais, car mon boomerang à moi, et il est différent pour chacun d'entre nous, c'était "juste" la neuroatypie.


Je me suis auto-diagnostiquée Haut Potentiel Intellectuel et autiste, possiblement atteinte de Troubles et Déficits de l'Attention avec ou sans Hyperactivité. Je me reconnais dans les profils de ces personnes atypiques, et j'y ai trouvé une nouvelle famille, sécure et bienveillante. Plus je continue mes recherches plus je me trouve et me comprends... Pendant des années, j'ai renié ce qui était une évidence : qui je suis. Et en l'écrivant, cela me paraît si bête, si simple si évident.... J'ai renié qui je suis : voilà pourquoi je souffrais, je me sentais si en décalage, si à l'écart de tout et de tout le monde, et surtout de la vie ! Je me courais après, et ce ne sont pas les crises identitaires qui m'ont épuisées, mais la course folle que je faisais après moi-même, une fuite en avant. Un "moi-même" qui n'a jamais bougé, qui était là, en train de me regarder gesticuler et chercher dans tous les sens, sauf là où il fallait chercher.


Ce que je traverse actuellement

Je ne sais pas si ce sujet en particulier vous touchera, mais je pense que mon vécu pourra quand même vous parler, même si vos boomerangs à vous sont différents !


En ce moment je me découvre sous le prisme de l'autisme, un fonctionnement qui m'est familier, comme si j'étais enfin à la maison, comme si j'avais enfin trouvé ma famille. Je sens la tempête qui s’essouffle, le cœur qui se gonfle, je me sens à ma place, comme j'aurai aimé l'être depuis longtemps ! Mon bateau a sombré dans toutes mes tempêtes mais là je construis tout petit pas par tout petit pas un bateau tellement plus beau et plus vaste, tellement plus...moi ! Je décortique chacun de mes comportements, j'en fais la liste : cela m'aide à y voir plus clair, et à mieux me comprendre ! D'ailleurs, autisme ou pas, faire des recherches sur soi, sur comment on fonctionne, nos petites manies et habitudes, je trouve que c'est une idée très riche ! Ça permet de poser sur le papier, et de concrètement exister, de se regarder à la loupe, comme un sujet d’expérience, pour mieux s'aimer et s'aider. 🙂


Si j'écris maintenant, c'est que j'ai le recul nécessaire pour le faire. J'ai écris de nombreuses fois au sujet de la crise identitaire, parce que je sentais que quelque chose se passait, mais je n'arrivais pas à voir, à mettre des mots. En ce moment, le brouillard s'efface, je crois bien savoir qui je suis, et commencer enfin à comprendre où se situent mes besoins à moi (très atypiques parfois j'en conviens).


Pour finir, voilà le message que je veux délivrer : une crise identitaire, c'est tout ce que je vous ai décrit, mais c'est surtout une occasion de se connaître enfin, d'aller au fond de soi, et d'en sortir grandit. C'est une occasion de se donner la main, de faire équipe avec soi, pour de vrai, d'arrêter de se voiler la face et de poser ses vraies priorités. C'est retrouver de la saveur à la vie, aux autres, à ce que l'on fait, c'est avoir envie de créer, se donner un élan nouveau, se laisser porter aussi par ses côté moins sympas. C'est accepter vraiment tout ce que nous sommes. Et ça, je n'arrête pas de vous le dire en tant que thérapeute (je remets un peu ma casquette 😛) : c'est en se regardant en face, en profondeur, que l'on peut au mieux incarner qui nous sommes.


Voilà, je retombe sur mes pattes en vous disant que finalement, une crise c'est chouette, fatiguant, mais chouette, parce que cela promet de laisser sortir de beaux possibles. Il ne faut pas prendre à la légère ce côté "difficile" de la crise identitaire, et croyez moi, "prendre soin de soi" ne veut rien dire dans ce genre de moments. Pendant ce genre de crises, ce qu'il faut c'est ouvrir son cœur à ce qu'il se passe en soi, au vide, aux incompréhensions, à la peur profonde du changement. En s'ouvrant à ses propres mouvement intérieurs on fait un premier pas vers l’acceptation de ce qui est... Et évidemment s'entourer, c'est la clé ! De personnes douces, aimantes, bienveillantes, et à l'écoute !


Si mon témoignage vous parle, n'hésitez pas à me partager votre histoire en retour, en commentaires ou par mail ! Je serais ravie de vous aider, de vous conseiller, de vous écouter.♥️