• soulierludivine

Comme une sensation de temps qui passe

En marchant ce matin, une pensée m'est venu, d'un coup, comme une fulgurante idée. Qui n'a pourtant rien ni de fulgurant ni d’extraordinaire puisqu'elle est complètement commune : bon sang comme le temps passe vite ! Oui, mais à moi, sur le coup, cela m'a fait l'effet d'une idée de génie qui sortait tout droit des tréfonds de mes tripes astrales.


Petit passage personnel

Tout d'un coup, je me suis rendue compte que cela faisait déjà un an. Un an après ce premier confinement, mais un an aussi depuis le début des grands chamboulements dans ma vie. Entre la création de mon statut d'indépendante, un déménagement à deux, et même à trois, et des allers et retours incessants entre ce que je veux et ce que je fais réellement dans mon monde matériel. Tout d'un coup, je me suis rendue compte : cela fait déjà un an, il s'est passé tant de choses, mais en réalité j'ai la sensation qu'il ne s'est rien passé ! J'ai repensé à mes nombreuses remises en question (pourtant intenses), au fait que je suis encore en train de dépouiller ma façon de faire, et d'être. Mais non, vraiment, comme si, en fait, rien ne s'était passé durant l'année qui s'est écoulée.


Une sensation qu'il se passe quelque chose

Est-ce la manière de vivre, plus inscrite dans le présent, qui nous fait sentir le temps qui passe comme une légère brise de vent sur le visage ? Est-ce que ça va trop vite, trop lentement ? Je ressens le temps, comme une sensation. Comme un frisson presque, qui viendrait légèrement faire bouger mon épiderme. Il passe et repasse : il est passé par ici, il repassera par là ! Ce qui reste surprenant c'est cette sensation : de savoir que quelque chose se passe, se trame, mais en même temps d'être là, et de ne voir que ce que nos yeux peuvent nous montrer, de sentir que ce que le corps peut nous faire sentir.

Alors je vis le temps comme une sensation. Avec une certitude intellectuelle : celle qu'il y a eu un avant, un pendant, et qu'il y aura un après. Chaque seconde devenant ainsi déjà le passé de celle que je suis en train de vivre ensuite.


Faut-il "profiter" de la vie ?

J'ai cette phrase en tête qui me vient "il faut profiter de la vie pendant qu'il en est encore temps". Mais que veut dire "profiter" ? Ce serait faire les choses qu'on s'est convaincu qu'il faut faire avant de mourir ? Ou ce serait simplement de faire notre vie, en la vivant, la ressentant, à chaque instant ? J'avais lu un article, d'une femme atteinte d'un cancer, un article magnifique, avec une petite note en bas de page disant qu'elle avait succombé à l’heure où l'article avait été publié. Elle expliquait qu'on lui avait donné quelques mois à vivre, et qu'elle avait voulu "profiter" en faisant toutes ces choses qu'elle ne s'était pas autorisée à faire. Puis, finalement, le délai arriva, et point de mort à l'horizon. Simplement le vide. Le vide de ce sursis qu'elle avait. Il lui restait encore du temps, mais elle ne savait plus comment profiter de la vie. Alors elle a vécu, elle a vu ses proches, rigolé avec eux, passé du bon temps, léger et doux. Point de saut à l’élastique en plus, ou de voyage autour du globe, juste la vie qui passe. Et avant de mourir, elle s'est finalement rendu compte que ce sursis était une chance pour, qu'avant la fin, elle puisse saisir le réel sens du mot "profiter" (de la vie).


Un petit goût amer ?

Cela vous laisse peut-être un petit goût amer dans la bouche ? Une sorte de piqûre de rappel bien placée et qui attaque là où il faut... J'ai déchanté moi aussi. A un moment de ma vie j'étais convaincue de la nécessité de "profiter" au sens de faire des choses que je n'aurais pas forcément occasion de faire deux fois dans ma vie, ou de faire tout court, si je ne forçais pas le destin. J'étais convaincue que vivre ailleurs qu'en France serait mieux, qu'il faut voyager pour être heureux ou tout un tas de croyances de ce genre.

Et puis je me suis rendue compte que la vie ce n'est pas ça. Et une fois passé le frisson de l'aventure, le cycle de la vie reprend toujours son court. L’adrénaline qui monte pendant ces "cassages de routine", ces "sensations fortes", ne peut pas être perpétuelle. C'est une course aux sensations qui débute parce qu'en nous réside la croyance que "la vie mérite d'être vécue" en la vivant fortement. Un peu comme pour l'amour, avec la croyance que l'amour véritable est celui qui fait battre nos cœurs à mille à l’heure chaque jour (je vous conseille de prendre un bon cardiologue si c'est votre croyance). ;)


Regarder le temps qui passe, comme une vache regarde passer les trains

Mais alors, ce temps qui passe, il est bon, il est doux pour nous ? Oui, j'en suis convaincue. Il nous fait du bien. Il nous permet d'évoluer, de bouger, de changer, parfois sans s'en rendre compte. Tenez, rien qu'en écrivant depuis mon canapé, je sais que je suis déjà en train de prendre conscience de nouveaux aspects de moi !

Le temps passe, dans un fait indiscutable. Sans avoir de prises réelles sur lui. Et avec lui, l’opportunité de nous installer dans ce temps. Certains parlent de "routine", avec dénigrement (quel dommage), j'aime bien l'idée de s'installer dans l'instant. De convier "à la table de l'instant" (merci Mathieu Burner pour l'expression fabuleuse que je réutilise grandement) tous les invités qui sont là : madame tristesse, ou sa cousine nostalgie, monsieur colère, madame joie, ou monsieur amour.

Invitons tout le monde à la table, à chaque instant ! Et vivons ces instants avec les personnes qui nous sont chères. Quoi de plus ? Quoi de mieux en fait ? Et si, profiter de la vie, ce n'était pas tout simplement, apprendre à vivre ?


A méditer :)

Ludivine